Détails du terme - Saint-Éman (château - commune de Saint-Éman)

Saint-Éman (château - commune de Saint-Éman)

Histoire, architecture et dynamiques patrimoniales

Situé dans la partie orientale du village de Saint-Éman, au lieu-dit Les Pâtis, le château de Saint-Éman, également appelé dans certains actes anciens le « château neuf des Pâtis », constitue l’un des monuments les plus emblématiques du patrimoine architectural du XIX siècle dans cette petite commune dEure-et-Loir.

Origines et contexte de construction

La construction de l’édifice débute en 1865 sous l’impulsion du comte Charles-Gustave de Goussencourt, membre d’une famille locale investie dans le développement du village. Les travaux se poursuivent sous la direction de son fils, Edgar-Antoine de Goussencourt, jusqu’en 1874. L’allongement de la durée des travaux s’explique notamment par la guerre franco-prussienne de 1870, qui interrompt temporairement le chantier.

Le château est édifié dans un style typique du Second Empire, alors en vogue sous le règne de Napoléon III, caractérisé par une esthétique soignée, des lignes symétriques et un traitement ornemental attentif des volumes.

Localisation et implantation

Selon les archives cadastrales anciennes, la construction s’est faite sur une parcelle vierge (n° 320) du lieu-dit Les Pâtis, à proximité d’une ferme située à environ un kilomètre de l’église du village. Cette implantation délibérée sur un terrain non bâti marque une volonté de renouveau et d’affirmation sociale de la part de ses commanditaires.

Il existait auparavant un ancien château de bois qui servait de demeure seigneuriale, probablement plus ancien, et qui aurait été situé à proximité des communs actuels. Les recensements du début du XIX siècle attestent de la présence de bâtiments nobles antérieurs à la construction du château neuf.

Propriétaires et vie sociale

L’histoire du château est intrinsèquement liée à celle des familles seigneuriales locales : les Du Mouchet (anciens seigneurs de Saint-Éman), les Malard et, enfin, les Goussencourt, auxquels il doit sa construction. Ces alliances familiales se reflètent dans les successions de propriétaires et dans les liens entre les divers lignages présents dans le village.

Pendant la guerre franco-prussienne de 1870, alors que les travaux ne sont pas achevés, le comte Charles-Gustave de Goussencourt accueille des officiers prussiens dans sa demeure, tandis que son fils Edgar combattait dans les rangs français. Cette anecdote locale illustre la manière dont les événements nationaux ont marqué le quotidien des habitants.

À la mort de la comtesse Angèle de Malard en 1873, Charles-Gustave quitte Saint-Éman pour finir ses jours à Illiers. Son fils Edgar prend alors la relève et termine la construction du château en 1874.

Innovations techniques et aménagements

Edgar de Goussencourt apparaît comme un bâtisseur progressiste, intéressé par les nouvelles technologies de son époque. En 1876, il fait installer un bélier hydraulique des ateliers Bollée du Mans, un système de pompage innovant qui permettait d’alimenter en eau courante les différents niveaux de la demeure à partir d’une source située à plus d’un kilomètre. Cet équipement témoigne de l’intégration de solutions techniques avancées dans un cadre rural.

Évolution du château au XX siècle

Après le décès d’Edgar de Goussencourt en 1920, le château passe par une succession de propriétaires privés et connaît des usages variés, souvent sans occupation permanente. Il est parfois laissé inhabité et se dégrade progressivement, comme l’indiquent les recensements de la fin des années 1930.

Au début des années 2000, l’édifice est mis aux enchères publiques en raison de son état de délabrement, comprenant plusieurs bâtiments annexes et un vaste parc d’environ 22 hectares ; il est adjugé à de nouveaux propriétaires qui envisagent de lui redonner vie.

Patrimoine et conservation

Bien qu’il s’agisse d’une propriété privée, le château de Saint-Éman constitue aujourd’hui un témoin remarquable de l’architecture du Second Empire en milieu rural et de l’histoire locale du Perche beauceron.

Des initiatives récentes de l’Association Histoire et Patrimoine de Saint-Éman ont permis d’ouvrir le domaine au public dans le cadre de visites guidées, afin de valoriser son héritage historique et architectural auprès des habitants et des visiteurs.

Intérêt patrimonial et culturel

Le château de Saint-Éman illustre plusieurs dimensions du patrimoine local :

  • Histoire sociale et familiale : il incarne la transmission des lignages nobles et l’organisation seigneuriale du XIX siècle.
  • Architecture du Second Empire : bien qu’éloignée des grands châteaux urbains, l’œuvre traduit la diffusion du style architectural officiel jusque dans les campagnes.
  • Technologie et modernité rurale : l’intégration de systèmes comme le bélier hydraulique témoigne d’une recherche de confort et d’innovation.
  • Mémoire locale vivante : son histoire lors du conflit de 1870 et les récits de ses propriétaires nourrissent une mémoire communale riche et vivante.

Sources principales :
Le château de Saint-Éman (Association Histoire et Patrimoine de Saint-Éman)
Saint-Éman – Visite du château de Saint-Éman (Association Histoire et Patrimoine de Saint-Éman)
Saint-Éman : Château des Pâtis (Perche-Gouët – base de données historique)


Retour